Dérivations

Pour le débat urbain

Un téléphérique qui monte, qui monte...

On n’a sans doute pas fini de regretter l’opportunité qui a été manquée, au printemps 2008, de recoudre la plaie urbaine de Fontainebleau, dans le quartier Sainte-Marguerite. Il s’agissait en effet de l’un des deux sites envisagés pour l’érection du nouvel hôpital du Centre hospitalier chrétien (CHC), où seront regroupés — rationalisation du secteur oblige — l’hôpital Saint-Joseph (Sainte-Marguerite), les cliniques Saint-Vincent (Rocourt) et de l’Espérance (Montegnée). À la place, le troisième grand hôpital de la ville sort de terre à Glain, où il bénéficiera d’un accès direct à l’autoroute.

À l’époque, le bourgmestre de la Ville de Liège avait attendu le dernier moment pour se positionner, du bout des lèvres, en faveur du site de Fontainebleau. Il est vrai que les gestionnaires, socialistes, des hôpitaux publics — CHR mais aussi IPAL,... —, redoutant, dans un contexte de concurrence hospitalière prononcée, cette implantation très centrale, avaient insisté pour que le site retenu soit le plus excentré des deux. Peut-être considèrent-ils aujourd’hui que ce fut là une erreur d’appréciation. C’est du moins ce que laisse penser la panique qui semble s’être emparée de la direction du CHR depuis qu’elle s’est rendu compte que la localisation retenue pour le CHC place celui-ci dans une position très favorable dans la concurrence que se livrent entre eux les hôpitaux.

C’est ce contexte qui explique que la très vieille idée d’une liaison routière entre la fin de l’autoroute E313, à Vottem, et le site de la Citadelle ait été ressortie des cartons. Cette « bretelle » est en effet toujours, comme d’autres datant de la même époque, inscrite dans les documents de planification urbanistique. Au fil des années, elle était pourtant devenue, peu à peu, impensable. Elle apparaît comme un énième symbole d’une époque révolue au cours de laquelle tout semblait pouvoir être sacrifié à la circulation automobile. Comment imaginer voir le si beau paysage du vallon des Tawes lui aussi balafré ? La stupeur des habitants des quartiers concernés est à la mesure de la surprise à voir ce fantôme routier prendre soudain consistance. Les réactions sont vives et nombreuses et tout indique que toutes les voies de recours seront explorées. Un enlisement procédural du dossier, s’il devait en aller jusqu’à la demande de permis, n’est pas à exclure.

À telle enseigne qu’il est permis de se demander si la direction de l’hôpital public ne fait pas aujourd’hui une seconde erreur d’appréciation en privilégiant, avec la bretelle, une approche qui a objectivement peu de chances d’aboutir à court-terme et risque donc de lui faire perdre un temps précieux.

En attendant, la solution alternative qu’offre le téléphérique prend du crédit chaque semaine. La Ville de Liège est depuis quelques mois officiellement favorable au projet. Le député Henry (Ecolo) — qui n’avait pourtant guère soutenu l’idée quand il était ministre — face à la menace de la bretelle, vient lui aussi de prendre fait et cause pour le projet. Lequel pourrait relier le centre-ville à l’hôpital, mais aussi les deux premiers à un parking-relais à Vottem (on espère d’ailleurs que le projet en cours à cet endroit pourra être redimensionné en conséquence). C’est donc une solution de mobilité intégrée qui se dessine, avec la voiture, mais aussi avec le tram et même le rail (si le site de Vivegnis est choisi pour la station aval). Cerise sur le gâteau : il serait imaginable d’utiliser ce téléphérique dans le cadre d’une solution de logistique urbaine, évitant l’entrée des centaines de camions, chaque jour, dans le centre-ville,...

Y’a plu qu’à !

Pour citer cet article

Mertens A., « Un téléphérique qui monte, qui monte... », in Dérivations, numéro 1, septembre 2015, p. 8. ISSN : 2466-5983.
URL : http://derivations.be/archives/numero-1/un_telepherique_qui_monte.html

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