Dérivations

Pour le débat urbain

Bavière (Liège)

Un sauvetage « électoral » du projet en 2012

21 juin 2017 -

Sur l’ancien site de l’hôpital de Bavière (4 hectares) couve un projet immobilier « mixte » d’environ 100.000 m² (logements, bureaux, université, bibliothèque, école et salle de sports). Le montant ? 200 millions d’euros, soit le plus gros investissement du secteur privé jamais annoncé à Liège. Ogeo Fund investira au travers de la SA UrBa Liège, détenue par le fonds de pension (90 %) et par la SA Galère (10 %). Le capital de la société s’élève à 5 millions d’euros. Ogeo a jusqu’ici libéré 4,185 millions d’euros. UrBa Liège est actionnaire minoritaire (40 %) dans toutes les sociétés qui développent le projet (Bavière Développement, Foncière de Bavière, Foncière de Bavière A et Foncière de Bavière C). Les autres actionnaires sont Thomas & Piron (30 %) et CFE (30%). Avec 36 % du capital (90 % de 40 %), Ogeo Fund est donc le premier actionnaire du projet. Par accident. Car Ogeo n’en a jamais eu l’intention. Le fonds de pension est venu sauver le projet car un investisseur hollandais, le groupe BAM, se trouvait en manque de liquidités en mai 2012. C’est là qu’Yves Bacquelaine, promoteur liégeois du dossier Bavière et frère de Daniel, approcha Ogeo Fund… En friche depuis des décennies, le site de Bavière est sans doute l’une des plus grosses cicatrices urbanistiques de la Cité ardente. Et donc une fameuse pierre dans le jardin du bourgmestre socialiste Willy Demeyer, membre avec Stéphane Moreau du « club des cinq » — une ligue informelle qui régnait sans faille sur le PS liégeois jusqu’à l’éclatement du scandale Publifin. Certains parlent de malédiction à propos de Bavière. Le terrain fut d’abord acheté au CPAS de Liège en 1990 par le promoteur espagnol Galaico, qui s’associera un an plus tard avec Suez-Tractebel. Après plusieurs projets avortés (centre commercial, complexe cinéma, etc.), Tractebel revend le site au néerlandais Himmos en 2006. Puis la crise financière paralyse et terrasse le projet batave mêlant logements et fonctions de proximité (bureaux, Horéca, commerces). Le terrain ne sera revendu qu’en 2012 à la Foncière de Bavière pour 10,9 millions d’euros. Juste avant les élections communales du 14 octobre. Le communiqué de presse d’Ogeo annonçant son entrée surprise dans le projet est daté du 4 octobre. Michèle Lempereur, chargée de relations publiques et compagne du bourgmestre Willy Demeyer, touchera 200.000 euros de Himmos pour son rôle de « facilitatrice » dans cette transaction, comme l’a récemment révélé Le Soir |1|. L’ancien ministre wallon Didier Donfut (PS) avait lui aussi joué les go-betweens aux côtés de la compagne du bourgmestre, mais on ignore ce qu’il a gagné dans l’opération. Bref, en sauvant ce vaste projet immobilier via Ogeo Fund, Stéphane Moreau a ôté une fameuse épine hors du pied de Willy Demeyer avant les élections communales de 2012… et de 2018. Certes, le projet n’est pas encore sorti de terre. Mais les conclusions de l’étude d’incidence, démarrée en avril 2016, devraient être rendues avant l’été. Le développement pourra alors véritablement commencer : dépôt des permis d’urbanisme puis début du chantier prévu pour 2018. Avant le scrutin.

|1| Joël Matriche, « Ce fonds lié à Publifin qui a acquis Bavière », Le Soir, 1er mars 2017.