Dérivations

Pour le débat urbain

Aspotogan Ridge (Canada)

Déforestation, pollution : le flop du golf 18 trous

21 juin 2017 -

En mai 2014, Land Invest Group, filiale d’Ogeo, a investi dans un projet immobilier en Nouvelle-Ecosse, sur la côte est canadienne. D’après les comptes annuels 2015 de la société, le montant injecté dans ce projet dépasse les 3,6 millions d’euros. Baptisé Aspotogan Ridge, ce projet mégalo de 225 hectares en pleine forêt associe un golf de 18 trous et son clubhouse (coût : 8 à 10 millions de dollars) à 470 logements dont de très nombreuses villas de luxe à quelques encablures de l’océan Atlantique (coût : 50 millions de dollars) |1|. La clientèle visée est plutôt âgée (50+) et huppée puisque les heureux propriétaires des parcelles reçoivent automatiquement deux abonnements au club de golf voisin… à vie. Pour l’heure, le golf ne compte que 9 trous, qui ont déjà nécessité le déboisement de plusieurs dizaines d’hectares de forêt. Le promoteur local est un certain Barry Publicover, président de la société Aspotogan Developments. Soutenu donc par Ogeo Fund via LIG, il fait l’objet de poursuites administratives pour pollution depuis 2015 par les autorités locales (le district de Chester) |2|. Il lui est reproché, lors des travaux de terrassement effectués pour réaliser le parcours de golf, d’avoir rejeté illégalement du limon dans un lac naturel proche. Les parcelles destinées à être bâties se vendent très mal et le projet immobilier est désormais à l’abandon : son compte Facebook n’est plus alimenté depuis mars 2016 et son compte Twitter depuis août 2015… Un article de presse de juin 2016 confirme que tout est à l’arrêt |3|. Et que le promoteur reprendra les travaux lorsqu’il obtiendra des liquidités de son partenaire belge, ou réalisera de nouvelles ventes de parcelles. Quelle est la logique pour Ogeo Fund d’investir dans ce projet lointain, désastreux sur le plan écologique et mal calibré ? Un projet qui n’apparaît d’ailleurs nulle part dans les rapports annuels du fonds de pension, ni sur le site internet de LIG. Ce flop serait-il lié à une erreur d’appréciation de PricewaterhouseCoopers, le cabinet payé pour auditer préalablement tous les investissements immobiliers de « type 2 » d’Ogeo Fund ? Ou de Marc Beyens, membre du comité de direction d’Ogeo Fund jusqu’en juin 2014 et administrateur de LIG depuis fin 2011 ? C’est lui qui représente Ogeo et LIG au Canada. Il possède d’ailleurs une cossue villa en bord de mer sur Heckmans Island, en Nouvelle-Ecosse, à moins d’une heure de route du golf |4|. Et il jouit de bonnes relations avec l’ambassadeur du Canada, qui l’a invité à déjeuner avec le recteur de l’Université de Liège lors d’une visite diplomatique du premier à Liège en mai 2015. Il est vrai aussi qu’Ogeo Fund a choisi une filiale de la Royal Bank of Canada comme dépositaire de sa sicav Ogesip Invest, lancée en avril 2014.

|1| - « Belgians invest in Aspotogan golf course », The Chronicle Herald, 31 octobre 2014.

|3| « Opening of planned Aspotogan Ridge golf course put on hold », The Chronicle Herald, 3 juin 2016.

|4| Marc Beyens renseigne l’adresse de cette propriété en tant que domicile dans les comptes annuels d’Ogeo 2 Pension (qui gère les pensions complémentaires dites « deuxième pilier » d’entreprises publiques, parapubliques et privées) en 2013, et de Mithra en 2014 et 2015 (en tant qu’administrateur de ces entités).