Dérivations

Pour le débat urbain

Lucien Kroll, poète de l’hétérogène

« Une architecture habitée », l’exposition consacrée au travail de Simone et Lucien Kroll, montée tout d’abord à Nantes puis à Paris, aurait bien pu ne jamais atterrir dans leur propre ville, Bruxelles. La raison, ou une des raisons, Lucien Kroll nous la dévoile en fin d’article (instaurons donc un brin de suspense). Heureusement, Bozar a donc finalement pu accueillir cette rétrospective fascinante, où nous sont racontées soixante années d’une démarche cohérente, passionnée, patiente et prolifique. Du début à la fin, on se demande : comment l’architecte et sa comparse de toujours ont-ils fait pour comprendre visiblement toujours tout avant tout le monde ? L’importance de la participation et de la parole de l’habitant, le souci de l’écologie, une vision organique des jardins (il faut laisser vivre et grandir le végétal, le laisser chevaucher l’habitat pour mieux le lier), la volonté de briser les symétries trop industrielles et de célébrer le savoir des artisans (comme quand ils laissent carte blanche à un maçon pour littéralement improviser une sculpture anthropomorphique en blocs de bétons de plusieurs mètres de haut) ou même le projet fou en 1960 de concevoir un « habitat groupé » (le terme n’existait pas), c’est-à-dire construire de la ville entre amis et avec d’autres gens motivés, et cela sans subir les affres des promoteurs immobiliers vénaux et sans charme.

Près de 55 ans plus tard, Lucien et Simone vivent d’ailleurs toujours dans cet appartement d’Auderghem où ils ont emménagé en 1962. Et c’est dans l’Atelier d’architecture, situé tout au bas de l’immeuble que j’ai rencontré Lucien un beau jour de juillet, l’avant-veille de leur départ pour l’Ardèche qui est leur seconde maison. Lucien Kroll est né en 1927 à Bruxelles. Il a grandi à Huy et a commencé ses études d’architecture à Liège avant de les poursuivre à La Cambre (« pour Henry Van de Velde », comme il raconte plus loin dans notre entretien). Simone est née en France en 1928. Céramiste, elle est aussi paysagère. Après s’être rencontrés en 1957 à l’exposition d’un ami commun, ils ne se quitteront plus. Tant au plan privé que professionnel, si bien qu’il faut parler de l’Atelier Simone et Lucien Kroll. Leurs regards, démarches et sensibilités seront indissociablement liés. « Tout est paysage », aiment-ils affirmer.

Emblème de leur travail, la « Mémé » est leur réalisation la plus connue. La « maison des médecins » ou « zone sociale » de l’implantation bruxelloise de l’Université Catholique de Louvain à Woluwé-Saint-Lambert illustre tant leur propos participatif que poétique. Conçu de concert avec les étudiants dans la foulée de mai ’68, le bâtiment rompt avec les préceptes modernistes pour évoquer un foisonnement organique fait de briques et de fenêtres. Celles-ci ont d’ailleurs été disposées aléatoirement (« il ne faut jamais dessiner une façade comme un architecte », nous dit-il). L’intérieur modulaire incite à un croisement des fonctions et des genres. Tout le contraire d’un habitat trop programmé. Aujourd’hui encore, Kroll est invité de par le monde pour raconter ce projet fondateur. Au fil des ans, l’Atelier réalisera cinq projets sur le site, dont la station de métro, la seule à l’époque où l’on voyait l’extérieur depuis l’intérieur. Celle qui fut également la moins chère à réaliser, malgré ses colonnes de béton ornementales aux airs d’arbres fossilisés.

Hélas, l’expérience UCL fut aussi une succession de conflits amers pour Kroll, se soldant entre autres par des interdictions d’accéder au chantier, des procès, des honoraires ponctionnés et même une crise cardiaque. Le pire à ses yeux est le mépris qu’il devine dans le chef de l’institution universitaire qui laisse se détériorer le bâtiment de la Mémé. « Ils voient ça comme une saloperie », nous a-t-il confié. Suite à un blâme de l’ordre des architectes pour non respect du maître d’ouvrage (« pas plus qu’au tribunal, je n’ai pu être entendu », raconte-t-il), l’Atelier a concentré ses activités à l’étranger : en France, aux Pays-Bas, en Allemagne... « J’ai été invité comme ’réfugié culturel’ ! » Cela a donné lieu à des dizaines de projets réalisés, et autant d’autres non réalisés. Des projets regroupant des dizaines, voire des centaines de logements : des cités modernistes abandonnées auxquelles il a redonné vie, ou de nouveaux quartiers sortis de terre. À chaque fois a prévalu cette approche participative et paysagère donnant à son architecture volontairement non spectaculaire tantôt des airs de maisons de Monsieur Hulot (celle où il vit, pas celle de sa sœur, NDLR) ou de Hundertwasser bucolique, tantôt d’habitat vernaculaire semblant planté là depuis toujours. Et si l’on serait tenté par l’adage « nul n’est prophète en son pays », mieux vaut peut-être éviter la lamentation et (re)découvrir avec une curiosité joyeuse l’œuvre d’un couple de géants modestes…

Intuitions précoces

Comment est née en vous cette intuition de la participation ?

(silence) C’est né… ou plutôt je suis né avec ça. Si quelqu’un fait appel à moi parce qu’il a besoin d’une architecture, je lui demande ce qu’il veut. C’est le minimum. Puis j’insiste, pour savoir ce qu’il veut vraiment. Une de mes premières commandes, il y a très longtemps (1957, NDLR), est venue de l’Abbaye de Maredsous. Il y avait là une étable où vivaient quarante honnêtes vaches, qu’il fallait transformer en trois ateliers d’artisanat : ébénisterie, poterie et orfèvrerie. Bon, je n’avais rien à faire d’autre que ça : je me suis mis à les questionner, ou plutôt à les fréquenter, à les faire bavarder. Pour m’organiser, je voulais savoir par exemple comment le céramiste ouvre la porte de son four… Ça, c’est de la participation. J’ai donc vu tout le monde, c’était très intéressant. Car ces gens étaient techniciens, mais aussi des artisans, des créateurs. Donc, je dessinais et leur demandais si ça allait. C’est très simple, ce n’est pas une invention.

Une attitude simple qui a dû évoluer face à des projets plus complexes.

J’ai tout d’abord continué avec des clients privés. Si quelqu’un veut une maison, je vais faire la même chose. Je demande que toute la famille soit là, et pas seulement le mari qui est muet et la femme qui lui dit de dire quelque chose. Je veux aussi voir les enfants… J’ai assisté ainsi à des psychodrames où les membres d’une famille se découvraient les uns les autres. Ce genre de tensions, il faut les réduire ensuite à des solutions architecturales. Ce qui n’est pas désagréable. Quand les projets sont devenus plus importants, j’ai continué.

Cette volonté d’ouverture à l’habitant s’écartait de l’idée du « grand architecte » qui sait tout et qui sait mieux… C’était conscient ?

Ce que je sais, c’est que j’avais choisi La Cambre à cause d’Henry Van de Velde. On ne peut pas dire qu’il était participatif — ce n’était pas des questions que l’on se posait alors —, mais je le trouvais intéressant, notamment par rapport au Bauhaus et à l’idée que lui se faisait du « droit au beau »… Je me rappelle que vers 1945 ou 1946, avant même de commencer à étudier l’architecture, j’avais parcouru l’Allemagne encore en ruine avec mon frère qui s’était acheté une petite bagnole. Et c’est alors que j’ai découvert le Bauhaus dans une exposition montrée, si je me souviens bien, du côté de Stuttgart. À l’époque, le général Lucius Clay était chargé de « réorganiser les mentalités allemandes » et comme Hitler détestait le Bauhaus, le thème semblait opportun. Soit. J’ai trouvé ça extraordinaire et en même temps gênant. Parce que ce n’était que industriel. Je ne critique ni la peinture ni les arts appliqués, mais l’architecture me semblait brutale. Admirable, mais brutale. Cela ne me plaisait pas trop. Or je savais que Van de Velde avait été en conflit avec un architecte Bauhaus dont le nom m’échappe, architecte qui prônait une production de logements véritablement industrielle. Van de Velde s’était insurgé : en faisant ça, vous allez tuer l’architecture. Lui prônait l’inverse. Pour lui, la beauté était un droit du client.

Et vous l’avez rencontré…

Quand je suis arrivé à La Cambre, il était déjà parti. Mais quelques années plus tard, j’ai participé à fonder à Liège un « Club d’esthétique industrielle » (on ne parlait pas encore de design à l’époque). Nous voulions demander à Van de Velde d’être notre président d’honneur. Pour cela, nous avons monté une délégation et sommes allés le voir chez lui en Suisse. Je ne savais pas qu’il était si petit ! Un petit monsieur avec une veste, là, de quatre-vingt-dix ans… Après nous avoir demandé si on avait fait bon voyage et toutes les politesses, il a dit : « Passons aux choses sérieuses : présentez-vous ! » Ça faisait un peu examen. En attendant mon tour, je me demandais ce que j’allais bien pouvoir lui dire. Finalement, je lui ai lancé : « La beauté comme un droit, d’accord. Mais désormais, cela doit se faire autrement. Il faut demander aux gens de dire quelle est leur beauté. Et c’est plus de la participation qu’un droit à la beauté… » Il m’a regardé. Il n’a rien dit. Puis il a fait un discours, admirable du reste, et j’ai pensé que je ne le reverrais plus. Quelques jours plus tard toutefois, je recevais une lettre de lui. « Monsieur l’architecte », commençait-il, alors que je n’étais rien. « C’est tellement important ce que vous avez dit ! Il faut absolument récolter des fonds pour organiser un congrès à ce propos. » J’étais surpris. Mais je n’ai pas eu l’occasion de donner suite et il est décédé peu après…

Quête hétérogène

La Mémé (la maison de médecins et toute la zone sociale du campus de l’UCL à Woluwé-Saint-Lambert, NDLR) est votre projet le plus emblématique. A-t-il été dès le départ placé sous le signe de la participation ?

Oui. L’initiative est venue d’un groupe d’étudiants en médecine. On était juste après mai ’68. Le partage d’autorité, c’est ce qu’ils cherchaient. Je sais qu’ils avaient demandé un siège muet au conseil d’administration de l’UCL, avant se faire jeter. Ce n’étaient pas des révolutionnaires, alors ils ont demandé autre chose : pouvoir choisir leur architecte. (Un premier projet prévu par les autorités universitaires, basé sur la ségrégation des fonctions, leur faisait horreur, NDLR). L’administrateur a dû se dire : un architecte, pour quoi faire ? Quelle lubie ! Mais ils ont obtenu gain de cause. Personnellement, je ne les connaissais pas. Mais ils sont tombés sur d’autres étudiants, issus de La Cambre, qui leur avaient parlé de moi. En mai 1968, alors qu’ils faisaient grève, j’étais aller le voir et je les aidais pour qu’ils ne ratent pas une année. Et évidemment je leur parlais participation ! C’est ainsi que j’ai été contacté par l’Université pour réaliser un programme plus vivant… Dès le départ, j’ai envisagé faire participer divers groupes de futurs habitants (étudiants en médecine, professeurs, assistants, employés, habitants du quartier…). Un groupe d’étudiants motivés s’est constitué. Ensuite, on ne s’est plus quittés pendant deux ans merveilleux. On se réunissait presque toutes les semaines. Ils sont venus chez moi, et moi chez eux. Je ne faisais rien fait sans demander leur avis, sans négocier.

Le projet brisait les codes, pas deux fenêtres n’étaient les mêmes.

Quand nous sommes passés à l’adjudication, on m’a dit : « Votre architecture est trop compliquée ». J’ai répondu : ce n’est pas vrai, c’est diversifié, ce n’est pas pareil... Ils m’ont dit : « Vous devez être dans les prix ! » J’ai dit : bien sûr, on fait toujours ça. De fait, en optant pour un entrepreneur ne faisant pas partie du consortium d’entreprises avec lequel l’UCL travaillait, nous y sommes parvenus.

Comment en venez-vous à dire « la répétition, c’est le crime » ?

J’ai simplement inversé la phrase du Bauhaus « la décoration, c’est le crime ». Notre philosophie moderne est basée sur la taylorisation et le fordsime. C’est Henry Ford qui a défini son système de « préfabrication » : l’objet passe devant l’ouvrier, qui lui ne bouge pas car il coûte trop cher pour bouger. Ford a d’ailleurs avoué que ce n’est pas lui qui avait inventé ça mais les abattoirs de Chicago ! Je trouve cette filiation, qui est attestée, absolument épouvantable. Cela commençait mal cette histoire… Mon idée est que si c’est possible — et c’est toujours possible — il ne faut pas répéter le même objet. Si toutefois l’on ne peut pas faire qu’il soit différent par lui-même, il faut alors lui ajouter une différence. Si enfin on a deux éléments identiques, il faut les utiliser de façon irrégulière, les mettre de travers. L’écho sera différent, et la perception également. C’est basique. Avoir le choix de l’endroit où l’on place la fenêtre ne me semble pas un luxe ! Que les portes d’entrée aient trois modèles, ce n’est quand même pas un drame. On reste dans la préfabrication la plus vilaine…

C’est une idée difficile à faire passer ?

Faisons un bond dans le temps. Nous avions réalisé à Haarlem (en 1992, NDLR) un projet avec 125 logements, la moitié horizontale, l’autre moitié verticale. J’avais demandé à avoir une soixantaine de modèles de fenêtres. « Ne dites pas non tout de suite », avais-je dit, « discutons ! » Ils étaient bien sûr convaincus que ce serait trop cher. Je leur ai alors parlé d’une fabrique en Allemagne, qui travaillait avec des machines numériques. Il suffisait de leur envoyer les plans et le tour était joué, ils nous envoyaient tous les châssis numérotés. Au final, j’ai pu avoir une trentaine de modèles. Certes, toutes les maisons avaient le même plan — le contraire aurait été insultant pour la Hollande (sourires) —, mais les fenêtres étaient toutes différentes, un peu décalées. Quelques centimètres de différence suffisent pour qu’on sente que ce n’est pas pareil. Cela suggère des choses, ça tranquillise. Quand on est venu me proposer des briques, il y avait un carton avec trois teintes. On m’a demandé celle que je voulais. J’ai dit : d’accord. « D’accord sur quoi ? » Sur vos briques. « Mais lesquelles ? » Toutes évidemment (rires) ! S’il y en avait eu quatre, c’était quatre. Les ouvriers commençaient avec une brique, puis avec une autre au hasard. Le hasard de l’approvisionnement a fait la distribution des teintes. C’est déjà ça.

Casser les barres

Que reprochez-vous tant à l’uniformité ?

La préfabrication s’est imposée à l’image des grands consortiums soviétiques : l’industrie lourde fera le bonheur du peuple ! Or en France, ce bâti s’est tellement dégradé qu’on le démolit. C’est la preuve d’une erreur gigantesque. Je me souviens avoir visité des immeubles conçus selon les procédés de Raymond Camus, le pionnier de la préfabrication. J’ai vu là des maîtresses de maison honteuses, qui n’osaient pas me faire entrer. Certains recoins des appartements étaient perpétuellement humides, remplis de bestioles dont on ne pouvait se débarrasser. Quand on avertissait Camus de ce genre de problèmes, il disait qu’il n’avait pas le temps de changer sa ligne de production. Toute une série de gens avaient la certitude que tout ce qui n’était pas industriel était irrationnel.

Dans un projet comme celui de Béthoncourt-Montbéliard (1990-1994), vous avez réhabilité ces barres de béton.

C’était une barre vide depuis cinq ans, qui avait été entièrement dévalisée. Il existait à l’époque deux types de subventions : une pour le neuf et une pour ce qui était à réhabiliter, cette dernière étant bien sûr insuffisante… Le maître d’ouvrage avait alors rusé auprès du sous-préfet. Prétextant que la barre vide ne valait plus rien, il avait suggéré de procéder à une « démolition administrative », c’est-à-dire de garder la base et de l’assimiler à du neuf. La barre était divisée en quatre parties : la première a été détruite, de la deuxième on a gardé la moitié, de la troisième les trois quarts, et la dernière, on y a ajouté un étage pour faire des duplex. Ainsi personne ne doit monter du trottoir jusqu’au cinquième. Ici aussi c’est psychologique et cela fait toute la différence. Je voulais aussi qu’il y ait des jardins. Les appartements du rez-de-chaussée n’avaient aucun accès au jardin, simplement des fenêtres. Eh oui, cette architecture était parfois aussi méchante que ça ! On a donc taillé des portes et clôturé des petits jardins. Avoir un jardin dans un tel contexte, c’est un miracle… Et avec tout ça, avec des logements tous différents, nous sommes rentrés dans les prix, notamment grâce à l’entrepreneur qui était passionné de travailler dans cet esprit-là. Vous savez, les entrepreneurs, quand on les prend pour des honnêtes gens, ce sont des honnêtes gens… Quand cela a été fini, tout a été loué en trois mois. Aujourd’hui encore, ça marche merveilleusement.

Ode belge

Vous avez écrit que l’urbanisme des bidonvilles est admirable. Le désordre apparent vous paraît plus naturel…

La Belgique est un exemple merveilleux. Son désordre est insupportable à tous les étrangers. Mais regardez de près, le maçon belge est excellent. Le menuisier aussi. Les corps de métier sont fabuleux. On n’a pas besoin de préfabrication ! Quelqu’un qui veut construire une maison, il peut sortir de chez lui et prendre le premier architecte venu, ce sera un bon architecte. Tous les entreprises générales familiales ont bâti des dizaines de milliers de logements que personne ne pense à démolir. J’avais des amis Hollandais qui étaient au départ horrifiés du paysage belge. Chez eux évidemment, tout est pareil : les entreprises ont gagné et ont tout normalisé. Avec le temps, ces amis ont fini par aimer vivre ici. Je leur ai fait une maison et ils ne supportent plus la Hollande (rires).

Cette Belgique critiquée pour son esprit petit-bourgeois, où chacun veut sa maison différente des autres, vous souscrivez ?

Oui, c’est la vertu (rires).

Avez-vous parfois eu l’impression d’avoir eu raison avant tout le monde ? Qu’est-ce que ça vous fait de voir des thèmes comme la participation, la modularité, l’écologie, le retour à l’artisanat et que sais-je revenir au centre des débats publics ?

Oh, je n’ai rien inventé. Je n’ai rien de spécial. Je crois d’ailleurs que tout le monde fait ça, se préoccupe de ces différents paramètres. Pour certains, l’écologie ou l’isolation thermique sont vécus comme des problèmes à part. Lier le tout, c’est ça qui est difficile. Moi, je ne peux pas ne pas les lier. Car les choses sont responsables les unes des autres. Si l’on ne voit les objets comme des sujets, on succombe à la parcellisation de l’industriel. Je viens d’une famille d’industriel, je sais de quoi je parle.

Suite à vos déboires avec l’UCL, vous n’avez quasi plus bâti Belgique. Vous me avoir été invité comme « réfugié culturel » dans divers pays où votre démarche a été plébiscitée. L’exposition qui vous est consacrée a d’abord été montrée à Nantes et à Paris. Etre à présent invité à Bozar, le « palais de la culture belge », ça vous fait quoi ?

J’ai tout d’abord refusé. À cause de ces problèmes avec l’UCL. Ils possèdent un bâtiment qui intéresse des gens dans le monde entier et ils font comme s’il n’existait pas. Comme si je n’existais pas. Mes amis qui ont monté l’expo (l’architecte Patrick Bouchain, entre autres, NDLR) m’ont dit que cela pourrait justement être une manière de recréer un lien. Nous sommes alors allés voir ensemble la salle d’exposition et je me suis dit que l’espace n’était pas approprié. Ils ont insisté, j’ai demandé à réfléchir. Puis je les ai appelé pour dire : non, je ne le fais pas. Le lendemain, en me réveillant, je me suis dit : Mais qu’est-ce j’ai fait ? Alors j’ai rappelé pour dire que j’avais changé d’avis. Ils avaient déjà transmis mon refus, mais on a pu faire marche arrière. Et finalement, je trouve que ça donne plutôt bien.

L’exposition « Une architecture habitée » se tient à Bozar jusqu’au 18 septembre. Le jour du finissage, Lucien Kroll donnera une conférence. Simone préparera des gâteaux.

Pour citer cet article

Leclercq J., « Lucien Kroll, poète de l’hétérogène », in Dérivations, numéro 3, septembre 2016, pp. 12-21. ISSN : 2466-5983.
URL : http://derivations.be/archives/numero-3/lucien-kroll-poete-de-l-heterogene.html

Vous pouvez acheter ce numéro en ligne ou en librairie.

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