Dérivations

Pour le débat urbain

Réinvestir l’immeuble à appartements, un projet pour Liège

Jalonnant les quais et boulevards, les immeubles à appartements confèrent à Liège une identité forte, une beauté peu commune, « rude, rugueuse, élégante et brutale » pour reprendre les mots de Joseph Abram |1|. Qu’elle interpelle ou qu’elle fascine, l’image renvoyée par leur présence ne laisse aucun spectateur indifférent. Souvent décriée, cette architecture typique d’une époque n’en est pas moins devenue la toile de fond proche et rassurante de la vie quotidienne liégeoise.

Comme beaucoup d’autres villes européennes, les projets de modernisation marquent le Liège d’après-guerre. Le combat des autorités de l’époque pour exister dans la nouvelle géographie économique va se concentrer sur deux volets majeurs : connecter le centre de Liège au réseau autoroutier (inter)national et adapter l’habitat. Si le volet automobile a des conséquences impressionnantes sur le centre de la ville par la création d’autoroutes urbaines, les politiques de modernisation de l’habitat vont également modifier le paysage urbain de manière non moins radicale et participer à la construction de son identité visuelle actuelle.

Différentes réglementations se succèdent dès la fin du XIXe siècle, culminant en 1963 avec le règlement sur les hauteurs, toujours d’actualité, qui augmentent considérablement les gabarits autorisés. L’intention des autorités est d’une part de régulariser les constructions d’immeubles à appartements et d’autre part d’encourager l’adaptation du parc immobilier jugé vétuste et inadapté aux modes de vie moderne. Une transformation radicale de l’habitat devait maintenir une classe moyenne en ville et contrer l’exode rural émergeant.

Sans vis-à-vis, les quais et les boulevards constituent l’endroit de prédilection pour la construction d’immeubles de grandes hauteurs. Les habitations bourgeoises sont massivement remplacées par une « architecture résolument moderne ». Souvent perçue comme anonyme, dénuée de qualités, produit de la spéculation, cette architecture aussitôt construite fait l’objet de critiques virulentes, symbole d’une remise en question plus profonde des vertus du modernisme. Cet élan vertical s’arrête brutalement à la fin des années 1970, laissant à la ville les traces d’un projet inachevé : de grands murs mitoyens et des sauts d’échelle typiques des quais liégeois.

Au terme de près d’un demi-siècle d’existence, ce patrimoine architectural et urbain pose autant de questions qu’il n’offre d’opportunités. Hormis les défis énergétiques et techniques qu’ils soulèvent, voire la valeur patrimoniale de certains d’entre eux, la condition actuelle de ces immeubles et leur(s) devenir(s) potentiel(s) ne focalise que peu d’attention dans une vision prospective d’ensemble.

Issue d’une logique de promotion privée à petite échelle, ces immeubles maximalisent le volume bâti en tirant parti des contraintes réglementaires de l’époque et des limites physiques des parcelles souvent exiguës. Cette densification verticale s’est faite sans réelle contrepartie pour la ville et ses espaces publics, dans une simple juxtaposition de projets de logements privés et de services attenants : les intérieurs d’îlot sont saturés de parkings privés alors que les rez-de-chaussée de hauteur réduite sont rapidement désertés. L’urgence de leur rénovation offre dès lors une opportunité majeure non seulement pour adapter ces logements aux modes de vie et aux défis environnementaux actuels, mais surtout pour repenser leur lien à la ville et à l’espace public et leur rôle dans notre vivre ensemble.

Sur base de ce constat, l’école d’été « Réinvestir l’immeuble à appartements - un projet pour Liège » réunira du 20 au 27 août un groupe restreint d’étudiants internationaux en architecture et urbanisme et une sélection d’acteurs de terrain et de professionnels, au sein de la Faculté d’Architecture de l’ULg. Cet atelier intensif prend comme objet d’investigation et de projet cette typologie architecturale et urbaine particulière pour poser la question de son avenir et étudier l’exploitation de ses potentialités. L’objectif principal de cette rencontre est de mettre au point et d’explorer un éventail de pistes de réflexion et de stratégies d’intervention autour de l’évolution des immeubles à appartements liégeois. Elle permettra de tisser des liens entre acteurs privés et publics, questions architecturales et urbaines, projets et investigations, et de croiser les regards sur cette problématique concrète afin de faire émerger des pistes de projets pour Liège.

A suivre !

Auteurs et organisateurs : Benoît Burquel, Martin Dumont, Arie de Fijter, Guillaume Joachim.

|1| Joseph Abram, « Liège/2010. La rude beauté d’une ville », in Art&Fact n°29, Liège, 2010.

Pour citer cet article

Joachim G., « Réinvestir l’immeuble à appartements, un projet pour Liège », in Dérivations, numéro 2, mars 2016, pp. 8-9. ISSN : 2466-5983.
URL : http://derivations.be/archives/n02/summer_school.html

Vous pouvez acheter ce numéro en ligne ou en librairie.

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