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Archives#2, mars 2016 › Sur le pont

Faudra-t-il autant de temps pour rehabiliter LBP que pour scinder BHV ?

À la différence de BHV qui a fait les titres de la presse pendant des années |1|, les initiales LBP sont inconnues de quasiment tout le monde, y compris des Liégeois. Elles désignent la dernière entreprise à avoir été propriétaire du siège de Chênée de l’ancienne usine Cuivre et Zinc, qui fut pendant un siècle l’un des fleurons de l’industrie métallurgique liégeoise.

LBP a mis la clé sous le paillasson en 2004 et le site de Chênée a été démoli à partir de 2011. Aujourd’hui, ce vaste site est globalement assaini et attend une nouvelle affectation. Et c’est là que le bât blesse.

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La SPAQUE |2| qui a mené à bien la déconstruction et la première phase de l’assainissement et est aujourd’hui propriétaire de cette friche a pour partenaire privilégié la Ville de Liège. Elle attend que celle-ci décide de l’affectation qu’elle souhaiterait donner au site : zoning industriel pour PME, zoning commercial (des grandes surfaces installées à proximité seraient intéressées à y déménager), mélange de commerces et de logements ou lotissement destiné essentiellement à des fonctions de logement ?

Or, du côté de la Ville, c’est actuellement le silence radio. Cette indécision a diverses raisons, dont l‘une est évidemment financière. La dépollution du site n’a jusqu’ici été menée qu’en surface. Une dépollution en profondeur est encore indispensable ; son ampleur et son coût varient en fonction de l’affectation qui sera donnée au site. Le scénario d’un projet immobilier d’ampleur implique évidemment la dépollution la plus profonde et la plus coûteuse.

Pourquoi dès lors faudrait-il privilégier cette piste d’une priorité au logement ? Parce que le réaménagement de cet espace pourrait être le cadre d’un projet répondant utilement à la demande grandissante de logement et cela d’une manière urbanistiquement intelligente et écologiquement en pointe.

Ce site de 7 hectares est l’héritier d’une époque où fleurissaient des usines installées en plein milieu des agglomérations à proximité des voies ferrées. Ce qui était devenu une plaie en matière de pollutions diverses peut s’avérer aujourd’hui un avantage significatif.

Le site se situe en effet à un véritable carrefour de divers modes de mobilité. Il se trouve tout d’abord à quelques centaines de mètres tant du début de l’autoroute des Ardennes que des quais de la Vesdre conduisant au centre de Liège. Mais il est surtout intéressant en termes de mobilité douce et de transports publics. Il se situe à proximité immédiate de la gare ferroviaire de Chênée qui pourrait connaître une nouvelle vie avec le futur Réseau Express Liégeois (REL). Il est également très proche de plusieurs lignes de bus qui desservent la banlieue est de Liège et — qui sait ? — pourrait jouxter un jour un terminus d’une future ligne de tram.

Son étendue offrirait la possibilité de construire 400 à 500 logements dans le cadre d’un projet mixte, un chiffre qui est tout à fait envisageable en incluant des équipements collectifs de qualité et sans avoir recours à des « clapiers à lapins ».

Dernier enjeu de taille : la construction de logements sur le site de LBP pourrait être une alternative particulièrement intéressante au projet de destruction de 35 ha d’espaces verts, situés non loin de là sur l’autre rive de la Vesdre au lieu dit Haïsses-Piedroux, qui seraient nécessaires à la construction d’un projet immobilier de construction de... 500 logements. Comprenant un grand nombre de maisons quatre façades, géographiquement et humainement coupé du centre de Chênée, situé à vingt minutes à pied des premiers arrêts de transport public, ce prétendu « écoquartier » n’est en fait qu’une opération immobilière juteuse destructrice de l’environnement et source de problèmes en tous genres pour les quartiers proches.

Le choix de développer une zone de logement sur le site LBP est évidemment en partie un choix financier. Mais c’est avant tout une question de choix politique quant au type de ville et de logement que nous voulons.

Les partisans de la scission de BHV affirmaient qu’il suffirait de 5 minutes de courage politique pour régler le problème. Il aura fallu 25 ans pour en venir à bout. Espérons qu’il ne faudra pas autant de temps pour que les autorités communales tranchent positivement dans le cas LBP.

|1| Pour ceux qui auraient passé le dernier quart de siècle en vacances en Patagonie, rappelons que BHV désignait l’arrondissement électoral de Bruxelles-Hal-Vilvorde chevauchant les régions bruxelloise et flamande.

|2| Société publique d’aide à la qualité de l’environnement.

Pour citer cet article

Peltier J., « Faudra-t-il autant de temps pour réhabiliter LBP que pour scinder BHV ? », in Dérivations, numéro 2, mars 2016, pp. 7-8. ISSN : 2466-5983.
URL : http://derivations.be/archives/n02/lbp.html

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