Dérivations

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Archives#2, mars 2016 › Sur le pont

La Boverie, enfin !

Le Mamac était donc tombé en sommeil malgré quelques sursauts. Le voici transformé en Boverie (en un féminin heureux) avec par l’avant l’ancienne façade monumentale et par l’arrière une grande et belle surface vitrée donnant sur la Dérivation, qu’ont conçue l’architecte Ricciotti (oui, l’homme du MUCEM marseillais) et un bureau liégeois. C’est très réussi et cela donne de grands espaces internes pour les expositions. Et surtout c’est au centre du plus beau parc liégeois (la Boverie encore) qui n’aspire qu’à redevenir par beau temps une île enchantée. Voyez plutôt : de part et d’autre du joyau, la roseraie (dont les Liégeois ignorent jusqu’à l’existence) et la tour Schöffer (dont l’existence devrait se rappeler bientôt à eux) ou bien les deux clubs nautiques (Union et Sport, ce dernier moribond) ou bien encore ces voies d’accès que seront la nouvelle passerelle (avec tram à la station Boverie ?) et le fleuve en ses deux branches (avec bateaux-mouches remis à flot ?).

Liège va donc retrouver son musée des beaux-arts et rassembler en un lieu ses collections de tableaux. Les montrer tout autant, il faut l’espérer. Liège va de plus retrouver son temps des grandes expositions mais sachant que le coup du Monet de 1992 n’est plus jouable, car trop coûteux. Liège va enfin pouvoir donner de l’espace à ses artistes et créateurs dans des présentations plus circonscrites. Mais la Boverie pourra-t-elle remplir concurremment ces trois rôles, sachant que cela exige personnel et compétences ?

Pour la mise en valeur des collections, c’est relativement simple. Encore faut-il que le public suive et ce n’est pas gagné. L’autre dimanche, nous avons visité avec d’autres Liégeois des AAP trois musées allemands en succession. Et c’était émouvant de voir des familles, des jeunes, des isolés se promener dans les galeries et travées pour se partager très dominicalement la contemplation du patrimoine comme de l’art le plus vivant. Mais nous sommes chez des Wallons peu accoutumés à ce genre de partage. Puisse la Boverie changer les comportements locaux !

Et puis il y aura des expos temporaires de bonne dimension. Elles seront proposées en partenariat avec le Louvre sans que ce soit pour autant la même mise en commun que dans le cas de Louvre-Lens. Il est sûr que la Boverie a besoin d’un soutien. Nous eûmes certes préféré Beaubourg. Mais, en d’autres terres ingrates, c’est Lens qui marche et non pas Metz. « En plein air », expo inaugurative, sera dès le mois de mai un premier test.

Enfin il devrait y avoir la présence de la création contemporaine et locale aux cimaises (si l’on peut encore dire). Et là, comme disait la pub d’une marque de bière québécoise, « Faut se parler ». Et ce n’est pas tout simple. D’un côté, la création liégeoise (plasticiens, galeristes, animateurs) s’est fédérée dans une « Plateforme » très convulsive, qui, à ma connaissance, n’a pas réussi jusqu’ici à s’imposer ou à engager le dialogue ; de l’autre, le pouvoir (l’échevin de la culture Jean-Pierre Hupkens et le directeur des musées Jean-Marc Gay) n’ont pas trouvé encore, eux, les bons relais pour animer une démocratie participative.

Qu’est-ce qui prévaudra à la Boverie (la Bove ?) dans les années à venir ? Les paris sont ouverts. Le côté cour ou le côté jardin ? La façade tradition ou la façade Dérivation ? Les tenants de l’ordre ou ceux de l’aventure ?

Pour citer cet article

Dubois J., « La Boverie, enfin ! », in Dérivations, numéro 2, mars 2016, pp. 6-7. ISSN : 2466-5983.
URL : http://derivations.be/archives/n02/la_boverie_enfin.html

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