Dérivations

Pour le débat urbain

Introduction

Depuis le milieu des années ’90, partout en Europe, l’université urbaine retrouve des couleurs. Alors qu’au plus fort des « Trente glorieuses » régnait — presque sans partage — la fascination pour le « modèle du campus » à l’américaine, les attentions se portent aujourd’hui sur l’incroyable richesse que peut constituer un ensemble universitaire d’une taille conséquente au sein d’un « organisme » urbain diversifié. Cette richesse se décline sur plusieurs registres : économique bien sûr, mais aussi et surtout peut-être, en termes de potentiel d’interactions sociales.

a couleur dominante du numéro ]
JPEG - 1 Mo
Photographie : Marino Carnevale, mars 2015. Tous droits réservés.

Voir naître une université est sans doute une des plus belles choses qui puisse arriver à une ville. Une université, ce sont des milliers d’emplois qualifiés, le dynamisme de la vie étudiante, plus d’ouverture au monde, par la circulation des étudiants et des chercheurs. C’est aussi un pôle intellectuel qui fait contrepoids à l’importance que prend souvent dans le champ social la sphère politique des villes de taille moyenne. Elle ouvre dès lors des espaces pour le débat et la vie des idées. Et puis l’université est aussi un puissant vecteur de production urbaine.

À l’inverse, l’université a, elle aussi, beaucoup à gagner à se trouver dans une grande ville, métissée et plurielle.

À Liège, les conditions semblent a priori réunies pour que la symbiose prenne. Et pourtant, même si des réussites notables sont à recenser, l’histoire de la relation entre l’ULg et sa ville est contrariée, émaillée d’occasions manquées et de mécompréhensions. Il semble qu’entre les laboratoires situés sur les hauteurs et la Ville qui reste nichée dans le fond de vallée, le courant ne passe pas toujours très bien.

Spatialement, le Sart Tilman, peut être « lu » de deux manières : en organisation interne, et dans ses relations avec les autres composantes de la mosaïque urbaine au sein de cette vaste agglomération de plus d’un demi-million d’habitants. Bien sûr, ces deux lectures s’entremêlent, par exemple au plan de la mobilité, problème crucial, qui établit le point de jonction de ces deux « réalités ».

On a en effet affaire à un ensemble qui a été voulu « éclaté », peu dense, en dialogue poussé et constant avec un site qui est à la fois fascinant et ingrat, parce qu’au cœur d’un site escarpé et boisé — et l’on sait combien la forêt est importante dans notre imaginaire occidental, comme le soulignaient Yves Winkin, Pascal Durand et Fabienne De Smet en 1995 |1|.

Si une vision que l’on pourrait qualifier d’« autocentrée » a prédominé dans un premier temps, une vision d’agglomération émerge dans les années 1970-1975, en relation avec, notamment, la fusion des communes de 1977 qui réintègre le domaine universitaire dans « sa » ville.

Alors que le bicentenaire de l’ULg, en 2017, sera l’occasion pour l’institution de célébrer une existence plus longue que celle du pays et de s’interroger sur son avenir, nous avons voulu nous pencher sur cette relation et ouvrir la réflexion sur la manière dont cette relation peut évoluer, en particulier au niveau spatial.

Pour ouvrir ce dossier thématique, Pierre Frankignoulle retrace les différences étapes du développement de l’université au cœur de la ville puis dans le domaine du Sart Tilman.

Successeur de Claude Strebelle dans cette mission, Jean Englebert revient ensuite sur la mission d’architecte-coordinateur du domaine du Sart Tilman, qu’il a menée entre 1985 et 1994.

Parmi les atouts dont dispose l’ULg figure un exceptionnel patrimoine architectural, dont Thomas Moor et Sébastien Charlier évoquent les conditions de la création, en suggérant d’en faire une source inspiration.

S’intéressant au développement, depuis quelques années, de grands ensembles destinés au logement étudiant, Adrien Maerschalck s’interroge sur les conséquences de cette mutation qu’il observe dans les conditions d’accueil des étudiants à Liège.

Le domaine du Sart Tilman, outre les activités universitaires, accueille aussi un très important parc scientifique. Bernadette Mérenne-Schoumaker évoque sa naissance et identifie les défis à venir.

Parmi les acteurs concernés par les choix de localisation de l’université, les étudiants le sont au premier chef. Maxime Counet et Nicolas Lemoine se penchent sur les positions récentes à ce propos de la Fédération des étudiants de l’ULg.

Pour suivre, deux contributions évoquent la manière dont la place des universités dans la ville évolue à l’étranger. Bas van der Pol décrit de manière circonstanciée la réalisation d’un nouveau site d’enseignement universitaire à Maastricht, sur le site de l’ancienne caserne Tapijn, contre-exemple à la logique des grands campus extérieurs à la ville. Quant à Alain Bourdin, il rappelle dans un entretien les grandes transformations récentes du paysage universitaire français.

L’université a entrepris, ces dix dernières années, une série de travaux pour améliorer la convivialité du cœur du campus, que Michel Prégardien examine dans sa contribution.

L’ensemble des bâtiments présents sur le site du Sart Tilman sont chauffés grâce à un réseau de chaleur. Maud Leloutre et Christian Evens décrivent ce remarquable atout, mais expliquent également en quoi il constitue un atout de taille pour le développement futur du site.

La première Maison des Sciences de l’Homme de Belgique a été fondée à l’ULg en 2013. Rachel Brahy et Didier Vrancken expose le rôle de cet outil, qui vise à la démocratisation des savoirs et à l’inscription de l’université dans son territoire.

Évoquant la transformation du rôle des villes à l’heure de la « métapolisation », Pierre Frankignoulle plaide pour la préservation d’une « culture du Sart Tilman » et la reconnaissance de la singularité du projet liégeois.

Un an avant l’année 2017, qui marquera le bicentenaire de l’université, l’ancien recteur Bernard Rentier, en charge de l’organisation de cet événement, expose dans un entretien les enjeux des festivités et commémorations qui seront organisées.

Le dernier article est une proposition formulée par Caroline Minon et François Schreuer, qui suggèrent de profiter du retour, en Wallonie, de la thématique des « villes nouvelles » pour repenser spatialement et fonctionnellement le Sart Tilman.

Le dossier se clôture par un entretien que nous a accordé le recteur de l’université, Albert Corhay. Il y passe en revue les principaux sites occupés par l’université et évoque leur développement futur.

En complément à ces diverses contributions, nous avons relevé dix sources majeures sur l’histoire des relations entre l’université et sa ville.

Outre les planches techniques qui accompagnent certains articles, l’ensemble du dossier que vous allez découvrir est illustré par un travail photographique de Marino Carnevale, qui propose un regard sur le Sart Tilman en tant que lieu de vie.

En prolongation, enfin, vous découvrirez, les photographies de Mathieu Litt, consacrées au Musée en plein air du Sart Tilman.

Retrouvez l’intégralité de ce dossier dans le deuxième numéro de la revue, en vente en librairie ou sur abonnement.

Un dossier coordonné par Caroline Minon, Pierre Frankignoulle et François Schreuer

|1| Texte dont on trouvera la présentation, avec d’autres références incontournables, en pages 124 et 125.

Pour citer cet article

« Introduction », in Dérivations, numéro 2, mars 2016, pp. 22-23. ISSN : 2466-5983.
URL : http://derivations.be/archives/n02/l_ulg_et_sa_ville.html

Vous pouvez acheter ce numéro en ligne ou en librairie.

Participer à la discussion

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.